CHRONOLOGIE DE LA VIE
DE THÉOPHILE GAUTIER

Établie par Pierre Laubriet, ancien président de l'Université Paul Valéry (Montpellier III) d'après l'édition de la Correspondance Générale de Théophile Gautier éditée par Claudine Lacoste-Veysseyre, 12 vol., Droz, Genève-Paris, 1985-2000.

Cette bibliographie
est constituée de
trois parties :

de 1811 à 1848
de 1849 à 1860
de 1861 à 1872


Gautier par Chassériau
Les numéros entre parenthèses renvoient aux notes qui figurent à la fin de chaque partie.

PREMIERE PARTIE
Théophile Gautier n’était pas enclin à se " livrer à la foule " et à parler de lui ; aussi  les sources biographiques directes sont-elles rares. Il avait cependant écrit pour A. Baschet, qui projetait son Essai sur la jeunesse et les tendances littéraires de Théophile Gautier, une esquisse biographique dans une lettre du 27 octobre 1861 et pour L’Illustration en 1867 une esquisse biographique destinée à accompagner son portrait et qui entrait dans une série d’études consacrées aux " Sommités contemporaines ". Si l’on en croit le paragraphe liminaire, il fut plutôt embarrassé.

J’ai accepté un peu étourdiment, je m’en aperçois en prenant la plume, d’écrire les quelques lignes qui doivent accompagner mon portrait, dessiné par Mouilleron d’après l’excellente photographie de Bertall. Au premier coup d’oeil cela semble bien simple de rédiger des notes sur sa propre vie. On est, on le croit du moins, à la source des renseignements ; et l’on serait mal venu ensuite de se plaindre de l’inexactitude ordinaire des biographes. " Connais-toi toi-même " est un bon conseil philosophique, mais plus difficile à suivre qu’on ne pense, et je découvre à mon embarras que je ne suis pas aussi informé sur mon propre compte que je ne l’imaginais. Le visage qu’on regarde le moins est son visage à soi (1).

Cette notice est d’ailleurs succincte et plus largement consacrée aux trente premières années de sa vie qu’aux suivantes, mais elle fournit quelques indications précieuses sur sa personnalité. Des témoignages proches apportent d’autres informations, tant sur les péripéties de son existence que surtout sur son caracère et son comportement. Ce sont tout d’abord les deux volumes de sa fille Judith : Le Collier des jours. Souvenirs de ma vie(2) et Le second rang du collier (3) ; le livre de souvenirs de son gendre Emile Bergerat : Théophile Gautier. Entretiens, souvenirs et correspondance, préface D’E. de Goncourt(4) ; et celui de son ami Ernest Feydeau : Théophile Gautier (5), tous deux passablement apologétiques ; le Journal d’Eugénie Fort, sa maîtresse et mère de son fils Théophile, et restée une amie qu’il verra assidûment comme en témoigne le Journal commencé en 1856 (6). Il faut citer parmi ces témoignages proches, celui d’un autre ami, Maxime Du Camp avec son Théophile Gautier (7), d’ailleurs plus consacré à l’oeuvre qu’à sa vie, ainsi que ses Souvenirs littéraires (8), et les deux livres de souvenirs d’Arsène Houssaye : Souvenirs de jeunesse, 1830-1850 (9) Confessions, Souvenirs d’un demi-siècle, 1830-1880 (10) ; enfin le Journal des Goncourt et la Correspondance de Flaubert ne sont pas à négliger. Mais les sources essentielles restent les feuilletons dans lesquels Gautier s’abandonne souvent à des confidences sur lui-même, et la correspondance qui, bien qu’elle n’éclaire guère les oeuvres, desquelles Gautier, au contraire de Balzac, parle peu dans ses lettres, est précieuse pour la chronologie, les événements de la vie quotidienne, les connaissances diverses et les relations avec sa famille, ses amis, et en général le monde artistique et littéraire de son temps (11).

 

1 8 1 1

30 août. -Naissance à Tarbes de Pierre, Jules, Théophile Gautier, baptisé le 9 septembre en l’église Saint-Jean de Tarbes. Il est le fils de Pierre Jean Gautier, né à Avignon le 30 mars 1778, employé aux contributions directes de Tarbes, et d’Adélaïde Antoinette Cocard, née à Mauperthuis (Seine-et-Marne) le 13 septembre 1783, qui épousa Pierre Gautier le 5-6 décembre 1810 au château d’Artagnan. Le père d’Antoinette était intendant du château de Mauperthuis, qui appartenait à une branche de la famille de Montesquiou, dont une autre branche possédait le château d’Artagnan, où vraisemblablement Pierre Gautier rencontra Antoinette Cocard, venue en visite chez un de ses oncles régisseur du château. Le jeune ménage logea au 23 de la rue Bourg-Vieux à Tarbes, -où Gautier fera une sorte de pèlerinage en 1859- jusqu'à ce que l’abbé de Montesquiou, devenu ministre de l’intérieur, fît nommer Pierre Gautier chef du bureau aux octrois de Paris.

1 8 1 4 - 1 8 2 2

Les Gautier emménagent à Paris, rue Vieille-du-Temple, 130 (aujourd’hui 114). Le 14 janvier 1817 naît leur première fille Emilie, et la seconde, Zoé, le 12 mars 1820 ; elles resteront toutes deux célibataires, et Gautier subviendra à leur entretien tout au long de sa vie. Théophile sut lire, dit-il, à cinq ans, et depuis ce moment il n’a cessé de pratiquer la lecture :

Je ne crois pas qu’ait existé un plus infatigable

lecteur que Gautier

écrit Maxime Du Camp. Son premier livre aurait été Lydie de Gersin, mais il est marqué par deux ouvrages, Robinson Crusoë et plus tard Paul et Virginie qui lui révélèrent les délices de l’ailleurs. De cette époque date aussi sa rencontre avec Don Quichotte, puisqu’après avoir vu l’opéra de Boulanger, livret de Babier et Carré, il raconte que Don Quichotte ne l’a jamais fait rire, et " tout enfant ", il se transformait en chevalier de la Manche pour redresser les torts et délivrer Dulcinée ; il reviendra sur cette confidence, révélant une profonde impression d’enfance (12). Son idéalisme fut précoce, comme d’autre part son goût du fantastique ; à propos du Diable amoureux de Cazotte, il déclare :

Ce conte nous a beaucoup frappé, et nous nous souvenons de l’avoir lu autrefois dans une vieille édition du temps, illustrée par la main de Cazotte lui-même d’eaux-fortes primitives imitant la naïveté des gravures de la bibliothèque bleue (13).

A Cazotte, il faut joindre le roman noir :

Enfant, nous trouvions un charme inexprimable de curiosité et de terreur à suivre les héroïnes d’Anne Radcliffe dans leurs excursions nocturnes à travers le dédale de couloirs, de corridors, de passages secrets et de souterrains du château des Pyrénées et autres manoirs gothiques. Homme, notre goût n’a pas changé, et nous ne manquons pas une occasion de le satisfaire (14).

Il commence le latin avec son père et s’exerce à dessiner : il représente Estelle et Némorin, les personnages de Florian, en bergers pompadours,

ce roman épinard et rose-pourpre qui nous paraissait à quinze ans d’une passion si tendre et si vraie (15).

Peut-être a-t-il aussi pris goût au théâtre aux représentations du petit théâtre de Séraphin, au Palais-Royal, qui jouait pour les enfants et où ses parents le conduisaient :

il fallait avoir été bien sage et rapporté de bonnes notes de l’école pour être conduit chez cet enchanteur (16)

dit-il ; aussi s’amusait-il à peindre des décors.

 

1 8 2 2 - 1 8 2 8

9 janvier. -Gautier entre comme interne au collège Louis-le-Grand.

23 avril. -Il est retiré du collège, n’ayant pu supporter l’internat et il est ainsi jugé par l’administration :

Il s’est montré doux, sage et rempli d’heureuses dispositions.

Ses parents le mettent au collège Charlemagne comme externe libre et s’installent eux-mêmes, pour se rapprocher du collège, au n° 4 de la rue du Parc-Royal, dans un hôtel du XVIIe siècle

où l’on a pour perspective une muraille sombre.

Il fait à Charlemagne de solides études, donnant toute satisfaction à sa famille ; son père, bon humaniste, suit son travail, en particulier en latin, qu’il semble avoir bien appris, puisque M. Du Camp le voit traduire, à livre ouvert, vers 1860, un passage de Tacite et qu’en 1861, remerciant J. Janin de sa traduction d’Horace, il lui écrit :

Je ne suis pas un grand latin comme vous, mais je peux encore regarder dans le texte

et il lui envoie une traduction en vers de l’Ode IV à Sextius (17) ; lui-même ne semble pas avoir gardé un excellent souvenir de son apprentissage :

.... pour beaucoup de gens, ces braves héros grecs ou latins, de Cornelius Nepos ou du De Viris, ont un arrière-goût de pain sec et d’eau claire désagréable. Quant à moi, je n’en peux faire un seul, sans penser tout de suite aux interminables pensums et aux nombreuses heures de piquets qu’ils m’ont valus dans ces bagnes scientifiques qu’on appelle collèges (18).

Il obtient quelques récompenses ; en 1825 : accessit de géographie au concours général du collège. En 1826, cinquième accessit de vers latins. En 1828, troisième accessit de vers latins. Ces années de collège sont marquées aussi par les amitiés qu’il y lie et qu’il gardera : avec Auguste Maquet, le futur collaborateur d’Alexandre Dumas, avec Eugène de Nully, auquel il dédiera un poème de ses premières Poésies, où il évoque leurs longues causeries, et surtout avec Gérard Labrunie, bientôt Gérard de Nerval, plus âgé de trois ans et qui publiait dès 1826 ses premières poésies, Elégies naionales, dont l’influence sur la jeunesse de Gautier fut des plus importantes, en particulier parce qu’il lui révéla la littérature allemande ; ce fut

une de ses amitiés d’enfance que la mort seule dénoue (19)

et cette amitié fut si étroite qu’ils devinrent intellectuellement comme deux frères jumeaux. Gautier a dit un jour la richesse que furent pour lui ces amitiés :

Nous, pauvre diable de feuilletoniste qui griffonnons ces colonnes, dans notre humble sphère, nous avons été aimé, admiré même, et, malgré notre dénuement complet, nous possédons un ami, -et aussi nous sentons-nous riche-, un ami qui ne dit pas du mal de nous, qui se réjouit ou s’afflige de nos joies et de nos douleurs, qui serait charmé de nos succès et ne nous abandonnerait pas même si nous étions heureux ! Nous avons rencontré des coeurs loyaux, sensibles, honnêtes, amoureux du beau, d’une insouciance parfaite à l’endroit de la renommée, et d’un désintéressement exquis. Nous sommes entouré d’Oreste et de Pylade, de Thésée et de Piritoüs, de Castor et de Pollux, de Nisus et d’Euryale, et de gens qui préféraient la gloire d’Homère mendiant à toutes les inscriptions possibles sur le grand livre (20).

Il a l’occasion de voir Talma. Pendant ces années, il poursuit dessin et peinture ; l’abbé de Montesquiou estime que c’est chez lui " un talent inné " et " le don particulier qui (lui) a été fait (21). En 1824, pendant un séjour à Mauperthuis, Gautier exécute plusieurs peintures : une Vierge, brune, vêtue de blanc, le portrait du boucher et de la bouchère, la bonne du curé, les enfants du meunier, et, en 1827, il fait le portrait de sa mère au pastel et s’initie à la peinture à l’huile. Il montre ses talents de poète en envoyant, en décembre 1825, à l’abbé de Montesquiou des vers latins que celui-ci juge " d’une belle poésie " (...) remarquable par sa facilité, mais " la tournure des vers n’est pas assez latine " ; ils contiennent trop de gallicismes. Il le félicitera deux mois plus tard de ses progrès.

Des souvenirs de cette époque lui reviennent quand il parcourt Paris pendant le siège de 1870 :

Forteresse imaginaires de nos grands combats d’écolier ;

le Jardin des Plantes

cette retraite de la science et de la rêverie, où, tout jeune, nous venions scander nos premiers vers.

Il évoque aussi les bains Petit

où nous obtenions jadis, après des épreuves solennelles, le droit de porter le caleçon rouge, objet de notre secrète ambition (22).

D’aspect chétif jusque là -sa santé semblait préoccuper l’abbé de Monesquiou qui recommandait à ses parents en 1824 de l’envoyer au grand air à Mauperthuis, où il ira encore en 1825- il entreprit de se développer physiquement ; de là sa passion pour la natation ; d’après A. Maquet, il aurait composé au Collège un petit traité De Arte natandi, qui ne verra jamais le jour ; tout au moins en est-il fait mention dans les Feuilles d’Album d’un jeune rapin, lequel avait commencé un Ars natandi en vers latins ; mais aussi d’autres exercices : M. Du Camp raconte qu’il excellait

à la boxe, à l’équitation, à la canne et même à la savate

et rapporte l’anecdote du coup de poing sur la tête de Turc

qui ramena cinq cents livres au dynamomètre.

 

1 8 2 9

Il envoie au début de l’année un tableau à l’abbé de Montesquiou qui l’en remercie le 5 mars et pense que

s’il a le moyen de cultiver ce talent, il ne faut pas le négliger (23).

Il fréquente l’atelier du peintre Rioult, dont il évoque le souvenir lors de la vente des tableaux du peintre mort en 1855 :

C’est pour nous une pieuse dette. M. Rioult a été notre maître, et si nous ne sommes pas devenu un peintre, il n’y a pas de sa faute, assurément ; il nous a inspiré le goût de l’art, donné le sentiment du beau, et si nous avons pu apprécier la peinture avec quelque certitude, c’est au séjour que nous avons fait dans son atelier que nous en sommes redevable. Là, les secrets du dessin et de la couleur nous furent révélés et le critique, à défaut de l’élève, a profité des leçons reçues.... (24).

Il exécute dans l’été, pour l’église de Mauperthuis un grand tableau " Saint Pierre guérissant un paralytique ". C’est dans l’atelier de Rioult qu’il a la révélation du génie poétique et de sa vocation :

De cette circonstance d’un tableau regardé, d’un livre lu, d’un morceau de musique entendu par hasard (il vient d’avoir la révélation de Verdi en écoutant Nabucco) peut dépendre le sort d’une vie entière ; nous qui sommes journaliste (nous n’osons plus dire poète), nous aurions probablement été peintre sans un volume de Victor Hugo qui nous tomba dans les mains à l’atelier : c’était les Orientales ! L’effet que nous produisit ce livre étincelant ne peut se rendre. A dater de ce moment, l’illustre maître a eu dans notre existence une part plus grande que nos compagnons les plus chers ; nous lui devons les émotions les plus vives que nous ayons éprouvées ; c’est une si douce chose d’admirer, de se sentir pénétré par une pensée mystérieuse, d’être humble fleur qui contient le nectar, de voir se réaliser d’une manière éclatante ce qu’on rêvait confusément (25).

27 juin. -Nerval le présente à Victor Hugo.

Septembre. -Il quitte le collège Charlemagne.

26 octobre. - Il assite à la première représentation du More de Venise de Vigny :

Nous étions presque enfant encore, mais déjà pris pour l’art de cet amour qui ne nous a pas quitté, à cette première représentation qui eut lieu le 29 octobre 1829

écrit-il à l’occasion d’une reprise de la pièce, et, rappelant les applaudissements dont ses compagnons et lui saluaient les mots propres si honnis des classiques, il demande

qu’on ne se moque pas trop de nous aujourd’hui ! Nous combattions pour la liberté de l’art (26).

Dans le courant de l’année, il a sa première liaison connue, avec Madame Damarin, qui dura, avec des intermittences, une douzaine d’années. Gautier lui offrira un tableau et un volume de ses Poésies avec des dessins.

 

1 8 3 0

Février. -Il est enrôlé par Nerval dans la troupe des jeunes gens destinés à soutenir Hernani  lors de sa première représentation et il distribue lui-même cinq de ces carrés de papier marqués de la griffe " hiero ", signes de reconnaissance.

25. - Première et bataille d’Hernani : Gautier y arbore le fameux gilet dit " rouge " par la légende, en fait " cerise ou vermillon de Chine ", le reste du costume se composant

d’un pantalon vert très pâle, bordé sur la couture d’une bande de velours noir à revers largement renversés, et d’un ample par-dessus gris doublé de satin vert. Un ruban de moire, servant de cravate et de col de chemise entourait le cou (27).

Gautier y voit pour la première fois Delphine Gay, qui devint Madame de Girardin le 1er juin 1831.

La famille Gautier emménage au 8 de la place Royale.

Journées de juillet (27, 28, 29). - Elles ruinent son père qui joua à la hausse sur les Ordonnances. Mise en vente de ses Poésies, imprimées par Rignoux aux frais de son père. Dans cette période troublée, elles passent à peu près inaperçues ; cependant, Madame de Fontanges, femme du colonel qui commandait le régiment de Vigny écrit à ce dernier pour lui recommander le recueil, disant que l’auteur désirait " se livrer à la carrière littéraire ". Il entreprend un article sur Hoffmann , qu’il laisse inachevé (28)

Il semble que ce soit cette même année qu’il rencontre sur un banc de la place Royale, Eugénie Fort, qui ne devint sa maîtresse qu’en 1835. Eugénie Fort, en effet, dans son Journal, évoque des rencontres dès 1830 :

J’ai repris ma course tout en rêvant, et à l’aspect de Notre-Dame, je me suis encore arrêtée, admirant et me rappelant combien de fois j’étais venue là voir Théophile Gautier en 1830 ! et combien de discours éloquents et politiques je l’ai entendu faire dans son enthousiasme d’artiste et de poète ! A cette époque, on lisait Notre-Dame-de-Paris et toutes ces scènes dramatiques devenaient vivantes devant cet édifice.

Il est vrai qu’Eugénie écrivait ces lignes trente-quatre ans plus tard, le 25 juillet 1864 (29).

Vers la fin de l’année, le Petit Cénacle se constitue dans l’atelier de Jehan Duseigneur avec Gérard de Nerval, Pétrus Borel, Auguste Maquet, Jules Vabre, Célestin Nanteuil, Philothée O’Neddy, Joseph Bouchardy etc... dont il évoqua certains plus tard dans l’Histoire du romantisme.

 

1 8 3 1

24 mars. -Publication dans Le Gastronome de Un Repas au désert de l’Egypte, publié anonymement, mais qu’une tradition familiale attribue à Gautier, selon Lovenjoul, qui le publie lui-même " sous bénéfice d’inventaire ".

3 mai. -Première représentation d’Antony d’A. Dumas. La reprise de la pièce en 1867 la lui rappelle :

Nous songions au spectacle que présentaient les abords de la Porte-Saint-Martin le soir de la première représentation d’Antony en 1831 (...). Ce que fut la soirée, aucune exagération ne saurait le rendre. La salle était vraiment en délire ; on applaudissait, on sanglotait, on pleurait, on criait. La passion brûlante de cette pièce avait incendié tous les coeurs (30).

4 mai. -Publication de La Cafetière, conte fantastique, dans Le Cabinet de lecture.

Il a fait peut-être encore un séjour à Mauperthuis en été ; cf " Le Retour " dans les premières Poésies, et s’il y a passé

en revue

Ses jeunes souvenirs et ses rêves d’amour

Longtemps caressés et perdus sans retour

il ne s’est pas privé pour autant d’aventures féminines, comme la belle avec laquelle il allait

ouïr siffler les merles.... aux grands bois (31)

ou toutes celles qu’il évoque dans le début de Mademoiselle de Maupin, femmes vénales ou " femmes honnêtes ou à peu près " - ce que confirme M. du Camp constatant " l’importance secondaire " qu’avait pour Gautier " l’échange des âmes " (32).

Peut-être a-t-il été alors tenté par quelque idéologie politique et sociale, si l’on en croit Du Camp rapportant ces propos de Gautier :

En 1832 (1831, d’après Jasinski), j’ai voulu me faire saint-simonien ; mais quand j’ai vu qu’il fallait mettre un pantalon blanc, un gilet rouge et une lévite bleue, j’ai reculé d’horreur et j’ai spontanément renoncé au culte du dieu Père-et-Mère. Je n’entrerai que dans une religion où l’on sera coloriste.... (33).

Septembre. -Il se sent incapable d’écrire la tragédie qu’il projetait d’après le poème de Byron, Parisina.

8 octobre. -" Arts. Buste de Victor Hugo ", publié dans Le Mercure de Fance au XIXe siècle serait le premier article de Gautier consacré aux Beaux-Arts. Le buste de Hugo était l’oeuvre de Jehan Duseigneur, pour qui Gautier écrit son ode " A Jehan Duseigneur " dans Le Mercure de France au XIXe siècle du 22 octobre 1831.

 

1 8 3 2

Gautier échappe au service militaire, étant exempté ou dispensé sous le motif : "  a eu le bras gauche cassé ".

29 mai. -Publication de l’article " Exposition du Musée Colbert ", dans Le Cabinet de lecture ; l’exposition avait été ouverte en faveur des familles victimes du choléra.

Août. -Publication d’Onuphrius Wphly dans La France littéraire.

Fin octobre. -Publication d’Albertus ou L’Ame et le péché, légende théologique, paru, dit Gautier dans la notice biographique qu’il écrivait pour A. Baschet

avec une vignette abracadrabrante de Nanteuil.

Octobre. -Le ménage Hugo s’installe au n°6 de la place Royale. Gautier était tout proche de son idole, qui l’accueille à la fois en disciple et en ami, ce qu’il resta toute sa vie. Il profitera largement de ses conversations avec le maître

Causer de poésie avec Hugo, c’est causer de divinité avec le bon Dieu

dira-t-il plus tard, d’après Bergerat (34).

10 novembre. -Elias Wildmanstadius, paru dans les Annales romantiques pour 1833, annoncées à cette date par la Bibliographie de la France. Ce conte reparaît dans Le Cabinet de lecture du 24 décembre.

22 novembre. -Première représentation du Roi s’amuse, de Hugo, pour laquelle Gautier recrute des fidèles qui n’empêchent pas l’échec, puis l’interdiction de la pièce. Gautier est seul alors à se rendre chez Hugo, et des premiers à l’aider lors du procès devant le tribunal de commerce.

Pendant que le Petit Cénacle commençait à se dissoudre, et si Gautier y avait sa part d’influence, il menait parallèlement une vie de lecture -il avait hérité de la bibliothèque de l’abbé de Montesquiou- et de méditation ; A. Maquet rappelle cette période dans sa notice biographique de la Galerie de la Presse de fin 1838 (35).

 

1 8 3 3

Dans les premiers mois de l’année,

le Cénacle se dispersa (...). On resta unis par l’invisible lien de la foi commune, mais on fut séparés (36).

Gautier en particulier resta toujours fidèle à ses amis d’alors. Il évoquera avec nostalgie dans l’Histoire du romantisme (37) les moments passés avec eux à déguster les macaronis de Graziano dans le Cabaret du " Petit moulin rouge " et à boire dans le crâne du tambour-major tué à la Moskowa.

Mars. - Son premier " Salon " paraît dans La France littéraire. Il fera le Salon dorénavant chaque année , sauf en 1835 et en 1843.

17 août. -Publication des Jeunes-France par Renduel, que Gautier a rencontré chez Hugo.

3 septembre. -Gautier souffre d’une gastrite chronique " des plus intenses et des plus opiniâtres " dit le certificat médical qui la constate et qui lui recommande un régime " des plus sévères " et une conduite réglée.

6 novembre. -Première de Marie Tudor, pour laquelle il arbore son gilet de satin rouge, selon Le Constitutionnel du 11 novembre (38).

1er décembre. -Gautier traite avec Charles Malo, directeur de La France littéraire pour une série de douze articles consacrés " aux vieux poètes français " ; neuf paraîtront entre janvier 1834 et septembre 1835. Ils composeront en 1844, augmentés de l’étude sur Scarron, le volume des Grotesques.

14 décembre. -Publication dans Le Sélam de la nouvelle Laquelle des deux ? histoire perplexe.

28 décembre.-Publication du Nid de rossignols dans L’Amulette, étrennes à nos jeunes amis.

Gautier écrit en outre une demi-douzaine de poèmes, parus dans diverses publications.

 

1 8 3 4

Il travaille à Mademoiselle de Maupin, qu’il a commencée dans l’été de 1833, et que, selon Bergerat, son père, tant qu’il vécut en famille, l’obligeait à écrire en l’enfermant dans sa chambre.

Janvier. -Publication, dans La France littéraire de l’étude sur François Villon, la première des six études sur les poètes exhumés du début du XVIIe siècle

7 février. -Publication d’Omphale, ou La Tapisserie amoureuse dans le Journal des gens du monde.

Février. -Scalion de Virbluneau.

Avril. -Il écrit un article sur le Salon dans La France industrielle.

Avril et juin. Théophile de Viau.

Septembre. -Le Père Pierre de Saint-Louis.

Octobre. -Saint-Amand.

Octobre. -Pierre Gautier, qui a été nommé receveur à l’octroi de Passy, quitte la place Royale pour s’installer avec sa famille dans le bâtiment de la barrière de Passy, un véritable exil pour Théophile. Comme Gérard de Nerval vint habiter, sans doute courant novembre, avec Arsène Houssaye et le peintre Camille Rogier qui logeaint impasse du Doyenné, près du Vieux Louvre, il fit valoir que

les allées et venues lui prenaient trop de temps

et il obtint de retrouver ses amis : il loue impasse du Doyennné n° 3 deux petites pièces pour deux cent cinquante francs par an ; cet endroit était, dit-il,

la Thébaïde au milieu de Paris ...oasis de solitude et de silence (39).

Sans rompre aves sa famille qu’il allait voir souvent, Gautier est libre.

A dater de ce jour, j’ai toujours vécu de ma plume, sans autre ressource ni secours,

ce qui n’est pas tout-à-fait exact, car sa famille lui vient souvent en aide : ainsi voyait-il sa mère venir avec

un déjeuner composé de deux cotelettes crues et d’une bouteille de bouillon

raconte A. Houssaye (40). Il vit autant dans l’appartement de Rogier que chez lui, un appartement dont deux des occupants ont laissé des descriptions détaillées, A. Houssaye dans ses Confessions et Gérard de Nerval dans le " Premier château " des Petits châteaux de Bohème.

Novembre. -Cyrano de Bergerac.

 

1 8 3 5

Le Doyenné devient un lieu de rassemblement pour toute la jeunesse artiste ou amie de l’art ; Eugène Piot, journaliste amateur et grand voyageur, avec qui Gautier liera une amitié qui durera jusqu'à sa mort, vient s’installer à son tour au Doyenné ; de retraite qu’il était où , dit A. Houssaye

nous entendions le matin le chant du coq, parce que la portière avait une basse-cour :chèvre, poules, pigeons, tout cela vivait dans l’herbe du Louvre,

il se transforme en un lieu de plaisir pour toute une jeunesse avide de vivre et de jouir. On donne des bals, dont le célèbre bal travesti qui aurait eu lieu le 28 novembre, si l’on se fonde sur un billet de Gautier à A. Esquiros du 26 novembre 1835 (41) ; Gautier évoque cette soirée, ou une semblable, dans sa notice biographique de 1867, et de ce bal, ou d’un semblable, il décrit la décoration dans son article sur " Marilhat " (42) ; lui-même avait peint

dans un dessus de glace un déjeuner sur l’herbe, imitation d’un Watteau ou d’un Lancret quelconque.

Il fit aussi un prologue en vers au ballet-pantomime qu’y donna Burat de Gurgyt, " Le Diable boiteux ", prologue perdu. Cette jeunesse s’amusait aussi au théâtre, dans les cabarets et les restaurants et allait danser à la Chaumière : Gautier, selon Houssaye, se lançait dans " la Galope " :

il prenait violemment la première fille venue, même au bras d’un étudiant. On disait, en voyant ses longs cheveux soulevés par le vent : c’est celui-là qui devrait représenter le saule de Sainte-Hélène

(allusion à un quadrille où l’on représentait toutes les époques de la vie de Napoléon) (43). Il y avait aussi des amours sérieux, tel celui qu’éprouva Gautier pour la Cidalise, maîtresse de Rogier, mais qui ne résista pas à Gautier. Et pendant ce temps, l’idylle avec Eugénie Fort se poursuivait. Mais il se prend aussi d’une passion profonde pour celle qu’on appelait la Victorine, qui, de son côté, d’après Houssaye, prit

Théo par la force, crinière et griffes de lionne (44).

C’était, semble-t-il, une veuve, en tous cas, une femme assez galante qui, quoique jeune, n’en était pas à ses débuts et ne manquera pas d’aventures entre 1836 et 1846, et c’était, dit encore Houssaye,

une de ces femmes qui vivent de l’argent des autres, coûte que coûte pour eux ;

et Gautier saura ce qu’il en coûte, prodiguant l’argent, à moins qu’il ne lui arrive de vivre aux dépens d’un autre ami de la Victorine, à en croire un compagnon de Gautier, Léonce Leroux, qui écrivait à Sp. de Lovenjoul en 1886 :

Je retrouve le nom du Mr qui entretenait alors la Victorine et Gautier. C’était Mr Mimerel, ingénieur de la Marine (45).

On comprend que de violents orages aient troublé la liaison,

les jalouses fureurs dégénérant parfois en bataille,

comme le raconte toujours Houssaye (46). Gautier en tous cas était comme possédé : d’Ostende où il est avec Nerval en juillet 1836, il écrit à Eugène Piot :

Que devient Victorine ? Suis-je parfaitement oublié ; je crois que je me souviens trop d’elle et j’ai peur d’en être sérieusement amoureux ; j’avoue que je n’ai pas vu d’endroits charmants que je n’ai désiré qu’elle y fût et qui ne m’eût paru cent fois plus charmant avec elle. -le diable m’emporte je ne me croyais pas aussi sentimental (27 juillet)

Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de sentiment, mais de sensualité, comme la suite de la lettre le dit sans détours :

.... je crois que la Victorine a fait passer la moëlle de mes os dans son corps et m’a complètement vidé avant de m’envoyer dans les pays lointains.... (47).

La Rosette de Mademoiselle d Maupin a pris bien de ses traits (48) et Gautier l’évoquera dans les strophes 33 à 37 du " Château du souvenir " dans les Emaux et Camées.

Février. -Colletet.

23 mai. -Publication dans Le Monde dramatique de ce qui est sans doute le premier article de critique dramatique de Gautier " Comédie à l’hôtel Castellane ".

28 novembre. -Annonce dans la Bibliographie de la France de la publication de Mademoiselle de Maupin, double amour ; en deux volumes, le premier daté de 1835 , le second de 1836. Le premier volume avait été composé en un an,

deux mois suffirent à l’enfantement du second (49).

L’oeuvre, préface et roman, est dans l’ensemble accueillie avec indignation et violemment critiquée ; aussi sert-elle un échec commercial ; seules quelques voix admiratives s’élèvent, entre autres V. Hugo, pour qui

c’est un livre qu’il faut lire et surtout qu’il faut relire (50),

et Balzac, qui demande un exemplaire du roman à l’éditeur le 18 décembre, et est conquis ; Jules Sandeau, raconte Gautier au début de son Honoré de Balzac,

vint le trouver un matin rue du Doyenné. Balzac, nous dit Sandeau, avait lu Mademoiselle de Maupin, tout récemment parue alors, et il en avait fort admiré le style ; aussi désirait-il assurer notre collaboration à la feuille qu’il patronnait et dirigeait. Un rendez-vous fut pris, et de ce jour date entre nous une amitié que seule la mort rompit (51).

Balzac fit un magnifique éloge de Mademoiselle de Maupin et de sa préface dans la préface d’Un grand homme de province à Paris en 1839 ; il apprécie en particulier la vigoureuse critique que Gautier a faite du journalisme dans la préface.

Novembre. -Chapelain.

1 8 3 6

Janvier. -Gautier et la Victorine posent pour " Le Triomphe de Pétrarque " qu’est en train de peindre Boulanger.

19 février. -Eugénie Fort devient sa maîtresse. Gautier lui avait écrit le 17 :

J’ai l’envie la plus effrénée de vous voir (...) J’ai dix millions de choses très importantes à vous dire et dix millions de baisers encore plus importants à vous donner ; deux mots de grâce, si vous pouvez et si vous voulez venir.

Et Eugénie avait répondu le 18 :

Je le peux, je le veux mais je n’osais avant ta lettre maintenant je te promets d’être chez toi demain vendredi soir à six heures, sois seul je ten prie que je ne voie personne. Toi adieu tout ce que j’aime (52)

Il annonce son triomphe en des termes peu lyriques quelques jours après à Eugène de Nully, mélangeant à plaisir ses amours :

Suivant tes sages conseils j’ai en fin finale dépucelé récemment la chère Eugénie ; cela m’a amusé ; au moins je n’aurai plus de remords sur la conscience. Ma pauvre Ninette Nina Cidalise est très malade et j’en suis affligé car j’ai eu bien du plaisir avec elle et je crains fort de n’en plus avoir ; au contraire (53).

Sa désinvolture cache un amour sincère qui se transformera en une amitié qui ne cessera qu’avec la mort de Gautier. Eugénie était jolie, telle qu’elle apparaît dans la Jacintha d’Onuphrius, et le restera, à en croire le témoignage de Judith Gautier, qui la vit lorsqu’il lui arriva d’accompagner son père en visite chez elle :

Jolie, très brune, la bouche ombrée d’un peu de duvet, la voix grave, mais très douce ; je ne pouvais m’imaginer autrement une Espagnole (54).

Aussi est-ce en Andalouse qu’elle est peinte dans " Le Château du souvenir " (55)

Elle vint un jour, sans compagne.

Et ma chambre fut l’Alhambra.

2 mars. -Publication du premier numérop d’Ariel, journal du monde élégant, fondé par Gautier et Charles Lassailly, hebdomadaire qui paraîtra jusqu’au 7 mai.

Fin mars. -Mort de Cidalise ; Rogier et Gautier se réconcilient dans la peine. Elle aussi a son portrait dans " Le Château du souvenir " (56), mais surtout

elle est embaumée et conservée à jamais dans le pur cristal d’un sonnet de Théophile,

comme le dit Nerval dans Les petits châteaux de Bohème (57).

Mars-avril.- Gautier publie dans l’Ariel le " Salon " de 1836.

Mai-juin. -Il récite chez le marquis de Custine les vers que lui avait inspirés la toile de L. Boulanger " Le Triomphe de Pétrarque ", qui parurent en 1838 dans La Comédie de la mort.

23-26 juin. La Chronique de Paris publie La Morte amoureuse.

Juillet. -Il rencontre pour la première fois Delphine de Girardin à un dîner auquel Emile de Girardin avait convié toute la rédaction de La Presse récemment fondée ; il y avait été, dit-il,

grâce à la protection de Hugo,accueilli avec indulgence malgré [ses] airs de rapin (58).

22 juillet. -Gautier et Nerval signent avec Renduel un traité pour un ouvrage qu’ils ne feront jamais : Confession galantes de deux gentilhommes périgourdins.

24 juillet. -Ils partent ensemble pour un voyage en Belgique ; ils déjeunent à Cambrai, s’arrêtent à Mons, sont à Bruxelles le 25 au soir. Le 26 juillet ils se rendent à Anvers, et repartent pour Gand le soir même. Ils sont à Ostende le 30 et ont sans doute entre temps visité Bruges et Malines. Gautier rentre à Paris vers le 24 août, ayant laissé Nerval malade en Belgique. Le voyage va faire l’objet de six articles publiés dans La Chronique de Paris du 25 septembre au 25 décembre, sous le titre " Un Tour en Belgique ".

Vers le 24 août.- Il quitte le Doyenné et s’installe avec A. Houssaye et Nerval,rue Saint-Germain-des prés n° 3

 

 

26 août. -Gautier publie son premier article dans La Presse : " Peintures de la chambre des députés ", article qu’Emile de Girardin a dû apprécier puisque dans un billet où il explique pourquoi sa publication a été retardée, il écrit :

Je désire de grand coeur que vous restiez des nôtres (59).

Sa collaboration à La Presse se poursuivra jusqu’au 4 avril 1855 ; il y publiera environ deux cents articles comprenant critique d’art, critique littéraire, récits de voyage, oeuvres narratives.

30 août. -Carlotta Grisi, dont Gautier sera amoureux toute sa vie, danse pour la première fois à l’Opéra de Paris.

25 septembre et 2 octobre. -Publication dans la Revue du dix-neuvième siècle de la Monograpie du bourgeois parisien.

27 septembre. -Il ramène Nerval à Paris.

1er octobre. -Publication dans Le Figaro de l’article " Du physique des acteurs ", que Lovenjoul croit pouvoir attribuer à Gautier et qui serait le premier d’une série d’articles tantôt signés, tantôt anonymes ; il est sûr en tous cas que Gautier a collaboré au journal d’Alphonse Karr jusqu’en mai 1838, mais de façon très irrégulière, ce qui explique qu’au début de juin 1838, Karr lui demande d’envoyer sa démission du journal (60).

Octobre. Gautier emménage avec Victorine au n°2 rue de Navarin.

29 novembre. Naissance de Charles-Marie Théophile, fils d’Eugénie Fort et Gautier. Celui-ci se refusant à épouser Eugénie est provoqué en duel par le frère de sa maîtresse, duel finalement évité sous la condition de la reconnaissance de l’enfant, ce que fait Gautier le 7 décembre. A. Houssaye, témoin avec Eugène Piot, dira dans les Confessions sa compassion pour Eugénie et son regret du mariage refusé. Gautier lui-même en éprouva plus tard regret : Eugénie note dans son Journal, à la date du 12 février 1861 :

Au Moniteur, voir T.G., nous nous promenons au soleil en causant, de quoi ? C’est à ne pas croire.... Du regret de n’avoir pu vivre ensemble, de la belle et bonne existence que nous eussions menée, lui devenu riche, moi bien heureuse. Je dis ceci aujourd’hui, mais les conversations reviennent souvent entre nous. Pauvre Théo, à qui la faute (61) ?

19, 23 et 24 décembre.-Publication dans Le Figaro du Petit chien de la marquise.

Fin 1836 ou début 1837. -Balzac malade demande à Gautier de venir le voir pour éclaicir " deux ou trois endroits obscurs " dans l’ " oeuvre imprimée " (62) qu’il est pressé de corriger et à laquelle Gautier a dû travailler ; on peut penser qu’il s’agit de la nouvelle édition du Chef d’œuvre inconnu, que Balzac avait repris en septembre 1836.

Cette année est nettement plus abondante en articles que la précédente : environ quatre-vingts de critique littéraire, artistique ou de variétés ; c’est le début de ce qu’il appellera dans sa notice biographique de 1867 ses " norias hebdomadaires ou quotidiennes " dont il se plaint tout au long de sa vie :

Là finit ma vie heureuse, indépendante et primesautière

dit-il dans le même texte.

 

1 8 3 7

Février. -Balzac devant partir en Italie pour les affaires du comte Guibodoni-Visconti, propose à Gautier de partir avec lui ; celui-ci, retenu par le feuilleton, laisse Balzac partir seul le 14.

1er mars. -Ouverture du " Salon " ; les comptes rendus dans La Presse se succèderont jusqu’au 1er mai (seize articles).

Printemps. -Gautier et Victorine se déplacent du n° 2 au n°27 de la rue de Navarin.

22 mai. -Dans La Charte de 1830, article sur les " Statues de Michel-Ange ", qui sera repris en 1880 dans Fusains et Eaux-fortes.

25.mai. - Publication dans Le Globe de la première partie de La Comédie de la mort, " La Mort dans la vie ".

28 mai et 11 juin. -Publication de La Chaîne d’or ou l’amant partagé dans La Chronique de Paris.

28 mai au 24 juillet. -Publication dans Le Figaro de L’Eldorado, qui prendra le titre de Fortunio en 1838.

11 juillet. - Dans La Presse, article sur " L’Académie royale de musique ", considéré comme le premier article de critique théâtrale de Gautier, bien que le premier ait été sans doute un article du 23 mai 1835. C’est du moins le premier dans La Presse après que, selon lui, on eut

essayé pour le feuilleton de théâtre de Dumas, de Soulié, de Granier de Cassagnac. Mais ils trouvèrent la besogne trop rude, ou ne remplirent pas l’idée qu’on s’était formée d’eux, et je fus chargé du feuilleton avec Gérard. Nous signions d’un double G., imitation moqueuse du J.J. (de Jules Janin). Mon premier compte rendu porta sur un ballet des Mohicans, et ma manière parut drôle.

Quand cet article fut publié dans l’Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans, en 1858, Gautier ajouta cette phrase qui l’authentifie comme ses débuts :

Notre début dans le métier de critique est marqué par un triste présage. Nous arrivons sur le champ de bataille dramatique juste pour constater une défaite et ramasser les morts de la veille.

Une lettre des deux amis au directeur du théâtre du Palais Royal lui fait savoir que le feuilleton des théâtres vient de leur être confié et qu’ils doivent s’occuper

tous les deux du même théâtre (63).

La liaison avec la Victorine est toujours orageuse, comme en témoigne cette invitation à déjeuner

avec la brune Victorine, à qui j’ai arraché hier encore une mèche de cheveux,

invitation accompagnée de cet avertissement :

Que si tu t’avises de ne pas me laisser battre Victorine, à l’occasion, pour me faire les griffes, je t’étripe galamment (64).

Octobre. -Il fait partie du comité de rédaction du Figaro, avec A.Karr, A. Houssaye etc..... ; il en partira en mai 1838.

L’année 1837 a été assez féconde en articles : quatre-vingt-dix-huit, dont une série dans Le Figaro , d’octobre à décembre, intitulée " Galerie des belles actrices ", qui s’achèvera le 5 janvier 1838, et deux articles sur " Galerie des actrices d’esprit " ou des " artistes d’esprit " (16 janvier 1838), et six poèmes.

 

1 8 3 8

20 janvier. -Gautier assiste à la reprise d’Hernani à la Comédie-Française ; il rappelle dans La Presse du 22 que la pièce fut

un curieux monument d’histoire littéraire (...). Hernani était le champ de bataille où se colletaient et luttaient avec un acharnement sans pareil et toute l’ardeur passionnée les champions romantiques et les athlètes classiques,

et après huit ans

Hernani n’a pas excité le plus léger murmure ; il a été écouté avec la plus religieuse attention et applaudi avec un discernement admirable.

Il conclut en développant cette idée que

le principal mérite d’Hernani, c’est la jeunesse.

10 février. -Publication de La Comédie de la mort chez Desessart, que, dans la première édition, Gautier dit avoir terminé

à une heure après-midi, jeudi 25 janvier.

L’oeuvre aura de nombreux comptes rendus dans la presse de février à juillet (65). Avec le poème " La Comédie de la mort " lui-même, sont publiées dse pièces soit déjà parues, soit publiées pour la première fois.

2 mars. -Début du " Salon " de 1838 dans La Presse, huit articles jusqu’au 1er mai.

25 mars. Gautier demande à Hugo s’il dispose de quelques billets pour la reprise d’Angelo. Gautier entretient des relations très amicales avec le ménage Hugo ; assez fréquemment au cours de l’année, Adèle Hugo le convie à des visites, à dîner, à célébrer la fête de Victor ; elle lui dit avoir aimé Fortunio (66).

14 mai. Fortunio, roman incroyable est mis en vente, et inscrit dans la Bibliographie de la France du 26.

Mai-juin. -Gautier travaille simultanément à un ballet et à une nouvelle, tous deux consacrés à Cléopâtre. Le ballet a été écrit et la partition devait en être écrite par Xavier Boisselot ; accepté par l’Opéra, il ne fut jamais monté et le manuscrit en a été perdu.

9 juin. -Premier article des " Voyages hors barrières " dans La Presse : " Montfaucon " ;

25 juin. -" La Barrière du combat "

20 juillet . -" La Ville des rats ". Ces trois articles seront rassemblés en 1845 dans Zigzags, devenu Caprices et zigzags en 1852.

27 septembre. -Publication de La Pipe d’opium dans La Presse, mise dans le tome III de La Peau de tigre en 1852 et dans Romans et contes en 1863.

Balzac envisageait d’écrire une pièce en collaboration avec Gautier : cf 12 février 1839.

29 novembre. Début de la publication dans La Presse d’Une Nuit de Cléopâtre ; elle se poursuit le 30 et les 1, 2 et 6 décembre. Elle fera partie des Nouvelles en 1845.

Novembre. -Gautier demande à Adèle Hugo " encore deux billets de Ruy Blas " (67), dont la première a eu lieu le 8 novembre, et qui fut donné quatorze fois dans le même mois.

17 décembre. V. Hugo lui envoie un exemplaire de la pièce qui vient d’être publiée. Gautier n’en avait pas rendu compte et avait laissé ce soin à son confrère Granier de Cassagnac, ce dont, selon Adèle Hugo, " le grand homme " a été

vraiment un peu affecté (....). Je lui ai découvert un point humain, celui de l’amitié susceptible

écrit-elle à Gautier (68).

Fin 1838. Paraît dans La Galerie de la Presse, de la littérature et des Beaux-Arts une notice biographique signée A. M. (Auguste Maquet) et publiée par Lovenjoul (69).

Soixante-treize articles donnés à divers journaux, dont cinquante de critique littéraire, quatorze de critique artistique et six de variétés, et une trentaine de poèmes au cours de cette année 1838.

 

1 8 3 9

Janvier. -Gautier est nommé, grâce avec l’intervention de Delphine de Girardin, directeur du feuilleton littéraire de La Presse, bien qu’à cette date il ne soit pas encore un des familiers de la maison de Girardin :

Je suis à présent directeur de La Presse pour la partie littéraire (70).

6 janvier. -Il rend visite à Balzac aux Jardies à Sèvres ; Balzac envisageait d’écrire une pièce en collaboration avec Gautier : cf 12 février.

26 janvier. -Publication d’Une Larme du Diable, mystère, chez Desessart.

28 janvier. -Adèle Hugo demande à Gautier de lui apporter ce livre :

Il est très ridicule que tout le monde ait lu vote livre avant nous (71).

2 février. -Son chocolat l’attend tous les dimanches chez les Hugo (72).

12 février. -Balzac écrit à Mme Hanska qu’il n’a pu compter sur Lassailly pour l’aider à écrire sa pièce, L’Ecole des ménages, et que maintenant

Théophile Gautier va venir pour faire une seconde pièce en cinq actes et j’attends beaucoup de lui (73).

Gautier raconte de manière assez humoristique cette anecdote dans son Honoré de Balzac, en disant qu’il s’agissait de Vautrin ; la collaboration n’aura pas lieu (74).

8 mars. -Il assiste avec Stendhal, chez le marquis de Custine, à la lecture de L’Ecole des ménages de Balzac , et il annonce sa lecture dans La Presse du 11 : on retrouve, dans cette pièce, dit-il

la science du coeur humain,l’analyse fine et puissante, et l’exacte observation des moeurs qui ont valu à ses romans de nombreux lecteurs.

21 mars. -1er article du " Salon " de 1839 : en tous dix articles jusqu’au 18 mai.

Mars-avril. -D’après Judith Gautier, son père compose pour Meyerbeer un oratorio intitulé Josué :

Le musicien égara le manuscrit et en fut très désolé. Il redemanda avec insistance à son père une nouvelle copie ; mais comme celui-ci n’en avait pas, sauf quelques vers qui semblent faire partie de cette oeuvre, le poème fut définitivement perdu (75).

Cf ces " quelques vers " avec le titre " Josué arrêtant le soleil " envoyés par Gautier au musicien avec la scansion (76).

28 avril. -Balzac propose à Gautier, en tant que directeur du feuilleton, qu’il lui fasse acheter par La Presse deux ouvrages qu’il n’a pas encore achevés, quoi qu’il en dise : Qui a terre a guerre (Les Paysans) et Une Election en province.

2 juin. -Balzac, à la suite d’une chute, demande à Gautier de venir le voir à l’occasion, aux Jardies, avec la Victorine (77) .

13 juin. - Balzac demande à son éditeur d’envoyer un exemplaire d’Un grand homme de province à Paris, qui a paru la veille, à Gautier qui a écrit un des sonnets attribués à Lucien de Rubempré : " La Tulipe ".

6 août. -Publication dans La Presse de La Toison d’or, qui se poursuit les 7, 8, 9, 10, 11 et 12. Elle fera partie des Nouvelles en 1845.

17 août. -Publication dans Le Livre d’or de la première patie de L’Ame de la maison ou la vie et la mort d’un grillon. La nouvelle paraîtra en entier dans La Presse les 13, 14 et 15 novembre.

25 août. Publication dans La Caricature du Portrait de Madame Jabulot, scène comique.

27 août. Gautier se livre dans La Presse à un double éloge : du Lorenzaccio de Musset, " une admirable étude dramatique " et de " Une Représentation de Mosé à la Fenice de Venise " (fragment de Massimila Doni de Balzac), qui vient de paraître dans La France musicale :

C’est un chef d’oeuvre tout uniment.

Début octobre. -Gautier laisse Victorine au 20 de la rue Navarin et s’installe au 14.

13 octobre. -Il demande au maire du 2ème arrondissement à être représenté devant le conseil de révision qui, le 11 octobre, a prononcé son maintien dans les cadres de la Garde nationale (78).

8 novembre. -Le conseil de révision le maintient dans les cadres.

20 novembre. -Gautier sort de la prison de la Garde nationale, où il avait été enfermé pour avoir refusé de prendre son tour de garde. Il écrit à Nerval au début de décembre :

Mon brave, je ne suis pas en Alger, mais bien dans les cachots de la Garde nationale qui sont très peu récréatifs. J’ai pourri onze jours sur la paille du gouvernement qui est fort dure (79).

Ce ne sera pas la seule fois que pareille mésaventure lui arrivera ; cf par exemple le billet à Pradier de novembre 1849 :

Des mouchards de la Garde nationale me saisissent pour me traîner aux Haricots (80)

11 décembre. -Compte rendu enthousiaste dans La Presse de la " symphonie dramatique " Roméo et Juliette de Berlioz, qu’il compare à la fois à Hugo et à Beethoven et qu’il défend contre ceux qui le trouvent difficile.

19 décembre. -A lieu chez Gautier la réunion préparatoire à la 5ème réunion du Comité de la Société des gens de lettres ; y assistèrent entre autres Balzac, Hugo, E. Guinot, L. Gozlan. Balzac était alors président de la Société ; il fut remplacé par Hugo le 9 janvier 1840.

22 décembre. -Publication dans La Caricature du Garde national réfractaire ; la seconde partie paraîtra le 5 janvier 1840.

24 décembre. -Balzac dépose chez son portier pour Gautier La Toison d’or que Gautier lui avait envoyée et qu’il avait

serrée comme un trésor qu’elle est (81).

Ont paru cette année dans La Presse soixante-trois articles, dont quarante-sept de critique littéraire, onze de critique artistique et cinq de variétés, et dans La France musicale un poème " L’Enfant de la montagne " (" Le Chasseur "), qui entrera dans Espana, dans les Poésies complètes de 1845, bien qu’il ne dût rien à l’Espagne.

 

1 8 4 0

Début mars. -Gautier réclame à Dujarrier, administrateur-gérant de La Presse, de lui payer danvantage ses comptes rendus de Salon :

Il m’est impossible d’acccepter cinquante francs ; le soin extrême qu’exige une semblable critique, la nécessité d’aller au Salon tous les jours et faire son article la nuit, veulent être récompensés (82).

2 mars. -Gautier signale dans La Presse les débuts de Carlotta Grisi dans la ballet le Zingaro:

Elle sait danser ce qui est rare ; elle a du feu, mais pas assez d’originalité ; elle manque de cachet à elle ; c’est bien, mais ce n’est pas mieux .

Il ajoute que sa voix est

une très jolie voix de danseuse

et il donne une courte description de la danseuse.

11 mars. -Premier article du Salon ; suivront sept articles, les 13, 20, 22, 24, 25, 27 mars et 6 avril.

5 mai. -Gautier part avec son ami Eugène Piot pour l’Espagne. Piot, qui a hérité d’une solide fortune et est un collectionneur d’art passionné, pense trouver en Espagne des tableaux, des armes anciennes, des faïences et compte peut-être sur les connaissances de Gautier en matière de peinture ; il lui servira en même temps de banquier. Il pense aussi constituer un album de daguerréotypes.

6 et 7 mai. -Gautier et Piot ont passé la nuit à Tours. Gautier écrit de là à sa mère qu’il est en train de manger :

...J’ai avalé du potage, un beefteack, des côtelettes, du brochet, de l’anguille, des asperges, j’attends le second service... (83)

.

8 mai. -Arrivé la veille à Bordeaux -peu fatigué, et les cheveux " pas même défrisés "-,

J’ai une résille et un rond pour la tête et pour le cul (84),

il y passe la journée et part le 9.

9 mai. -Il est à Bayonne

11 mai. -Il quitte Bayonne ; il dîne a Astigarra, en part dans la nuit pour Victoria

12 mai. -Il arrive à Victoria le 12 au soir et assiste à une représentation d’ " Hercules français " et à une lamentable danse espagnole.

13 mai. -Arrivée à Burgos, dont il part le 17. Il a déjà envoyé deux articles à La Presse sur le début de son voyage et écrit trois poèmes ; il a

vu de bien belles choses (85).

17 mai. - Arrivée à Valladolid, où il reste jusqu’au 20 .

18 mai. - Il voit une pièce espagnole El Pelo de la Desa.

19 mai. -Il assiste à une représentation d’Hernani, le drame ayant été un peu amputé, mais " bien joué "

21 mai. - Arrivée à Madrid. Il y restera jusqu’au 27 juin.

25 mai. -Il assiste à sa première corrida ; entre temps, il a envoyé quatre articles à La Presse sur son voyage depuis son entrée en Espagne jusqu’au séjour à Burgos inclus ; il y a mêlé des pièces de vers. Il assiste à quelques représentations de pièces espagnoles au Liceo (25 mai ?)

27 mai. -Au théâtre del Principe (" billete de presentacion ") dû à don Mariano Roca de Togores, auteur de drames historiques).

Il visite le musée du Prado où il s’arrête longuement sur Goya, et l’Académie San Fernando ; on ne sait s’il put voir des collections particulières, étant donné le peu de connaissance que l’on a des relations qu’il eut avec les milieux madrilènes : il semble cependant avoir été mieux accueilli dans les salons que dans les milieux littéraires ; il rencontra cependant Breton de las Herreros, un écrivain antiromantique, et il eut Masonero Romanos pour guide averti dans Madrid et pour initiateur à la tauromachie. Il note pourtant dans une lettre à sa mère du 15 juin :

Les Espagnols sont très bonnes gens et nous avons assez de liaisons pour être obligés de fermer notre porte (86).

27 mai. -Le Rat, dans le tome III des Français peints par eux-mêmes , sur les " rats " de l’Opéra.

18 juin. - Obligé de retarder son départ par manque de places dans les voitures, il assiste à Madrid à la procession de la Fête-Dieu.

22 juin. -Il part pour Tolède ; il se baigne dans le Tage, visite la ville.

Nuit du 24 au 25 juin. -Il quitte Tolède pour rejoindre Madrid.

25 juin. -Il arrive à Madrid.

27 juin. -Il quitte Madrid. Visite d’Aranjuez. Nuit à Ocana.

28 juin. -Départ dans l’après-midi d’Ocana et voyage, même la nuit, avec quelques courts arrêts, escortés par le " correo real " pour prévenir les attaques de diligence, les 29 et 30 juin, jusqu'à Baylen, en passant par Tembleque, Puerto-Labiche, Manzanares, Valdepenas, la Carolina. Il passe la nuit à Baylen.

1er-2 juillet. -Le voyage se poursuit avec seulement arrêt à Jaen jusqu'à Grenade, où il arrrive le 2 juillet à deux heures du matin, où Piot et lui se hâtent de se loger dans une maison particulière prenant des pensionnaires et dont la maîtresse parle français.

1er juillet-12 août. -Séjour à Grenade ; les moeurs andalouses se révèlent très vite moins solennelles que celles de Madrid :

Au bout de cinq à six jours, nous étions tout à fait intimes, nous avions la liberté d’appeler par leur petit nom Carmen, Teresa, Gala, etc... les femmes et les filles des maisons où nous étions reçus (87).

Il leur adressait aussi des lettres d’amour et des poésies galantes, et l’une de ces jeunes filles a sans doute été sa maîtresse ; cela se passa à l’Alhambra où Gautier et Piot avaient été autorisés à passer quatre jours et quatre nuits dans la cour des Lions ; elle s’appelait Gracia (88) ; il la chantera dans " Les trois grâces de Grenade " (89). Le goût de la couleur locale le pousse à se faire faire, dès son arrivée, un costume de " majo " par le senor Zapata, tailleur renommé.

Juillet. -Le Chevalier double, dans Le Musée des familles.

4 août. -Il fait l’ascension du Mulhacen. Il écrit sans doute pendant son séjour les feuilletons correspondants aux chapitres VIII, IX et X du Voyage en Espagne.

12 août. -Départ de Grenade à dos de mule ; une traversée de la Sierra qu’il évoque encore en décembre 1871 dans une lettre à Carlotta.

14 août. -Arrivée à Malaga.

.

14-16 août. -Séjour à Malaga. Il note le caractère africain de la végétation et il apprécie le vin. Il assiste aux corridas organisées pour l’inauguration du cirque et y voit travailler le fameux Montès. Il voit au théâtre

l’une des plus remarquables productions de l’école moderne espagnole, Les Amants de Teruel,

de Juan-Eugenio Hartzembusch.

17 ou 18 août au matin. -Départ de Malaga.

20 août. -Visite d’Ecija.

22 août au matin. -Arrivée à Cordou.

23 août. Départ de Cordou pour Séville avec une autorisation de port d’armes. Nouveau passage à Ecija.

24 août. -Arrivée à Séville.

Septembre. -Le Pied de momie, dans Le Musée de familles.

24 août-2 septembre. -Séjour à Séville. Il n’y trouve

rien de particulièrement merveilleux, si ce n’est la cathédrale.

3 septembre. -Il quitte Séville par le bateau à vapeur de Cadix qui descend le Guadalquivir ; il arrive à Cadix " la nuit noire ".

4-12 septembre. -Séjour à Cadix.

5 septembre au soir. -Il dîne sur le brick de guerre " le Voltigeur " pour le commandant duquel il avait une recommandation ; il y fait un excellent dîner, mais le mauvais temps le retient deux jours à bord, il retourne à terre le 7.

Entre le 8 et le 12 septembre. Excursion à Puerto de Santa Maria, où il assiste à une course de taureaux bouffonne, et à Jerez où il enrichit ses connaissances oenologiques dans les caves du père de l’aimable Zuniga, qu’il avait connue à Grenade. Le mauvais temps retarde le départ prévu le 9.

12 septembre. -Il s’embarque sur " L’Océan ". Il passe le détroit de Gibraltar et voit au loin la côte d’Afrique :

La voir et passer, quel raffinement nouveau du supplice de Tantale.

Coucher à Malaga.

13 septembre. -Escale à Carthagène.

14 septembre. -Court arrêt à Alicante.

15 septembre. -Arrivée à Valence.

15-30 septembre. -Séjour à Valence, le mauvais temps ayant perturbé les horaires des bateaux.

1er octobre. -Départ de Valence.

2 octobre. -Débarquement à Port-Vendres, après une escale de quelques heures à Barcelone.

3 octobre. -Il part de Perpignan pour Toulouse où il pense arriver le 4 au matin, selon sa lettre à sa famille du 3 ; de Toulouse il veut filer sur Paris " le plus vite possible ".

8 ou 9 octobre. -Arrivée à Paris.

A dater de ce voyage en Espagne, dit-il dans sa notice biographique de 1867

(il n’eut) d’autre idée que de ramasser quelque somme et de partir : la passion ou la maladie du voyage s’était développée en (lui).

Cette année voit s’élever les premières difficultés entre Emile de Girardin et Gautier, en particulier à propos de la publication des feuilletons de voyage.

Pendant son absence ont paru neuf feuilletons : Sur les chemins ; Lettres d’un feuilletoniste, consacrés au voyage en Espagne, qui entreront dans Tra los montes en février 1843, devenu le Voyage en Espagne en 1845.

Il a publié neuf poèmes, dont six composés pendant le voyage en Espagne, et vingt articles de critique dramatique et artistique.

1 8 4 1

17 et 31 janvier. -Publication dans La Revue des Deux Mondes de " Tolède ", qui sera le chapitre X du Vopyage en Espagne.

7 mars. -Gautier rend compte dans La Presse d’un pas de deux, inséré comme divertissement dans La Favorite de Donizetti, où Cartlotta Grisi fait ses débuts à l’Opéra. Il est enthousiaste :

Elle danse aujourd’hui merveilleusement. Il y a là beauté, jeunesse, talent, -admirable trinité.

Cet enthousiasme marquait le début d’un amour qui ne fut sans doute pas toujours platonique, surtout pendant la période où la danseuse ne pouvait dédaigner l’appui d’un critique influent, et qui dura jusqu'à la mort de l’écrivain.

9 mars. -Gautier dîne chez Madame d’Agoult avec Balzac, amené par Liszt, Hugo, Lamartine et Alphonse Karr.

23 mars. -Dîner chez Madame de Girardin avec Madame d’Agoult, Lamartine, Hugo, A. Karr.

18 et 25 avril. -Publication dans La Revue de Paris du " Salon " de 1841.

2 juin. -Il lit chez Madame de Girardin " La Marseillaise de la paix ", de Lamartine.

28 juin. -Première repésentation et publication de Giselle, ballet inspiré d’une légende allemande racontée par H. Heine dans De l’Allemagne, et que Gautier a écrit tout spécialement pour Carlotta. Le succès fut éclatant, et dû en grande partie au talent de la danseuse, comme le souligne Gautier dans son compte renfu présenté sous forme d’une lettre à Heine, dans La Presse du 5 juillet (90).

Juillet. -Publication dans Le Musée des familles de Fantaisies littéraires : Deux acteurs pour un rôle.

Début août. -Gautier est choisi comme témoin avec Alphonse Royer par Heine en vue de son duel avec S. Strauss. Le duel aura lieu le 7 septembre en dehors de la présence de Gautier (91).

21 novembre. -Il souffre d’une fluxion qui l’empêche d’écrire son feuilleton.

23 novembre. -Il est nommé membre de la commission chargée d’examiner le projet de construction du tombeau de Napoléon ; il y servit de secrétaire. Le rapport de la commission fut terminé le 21 décembre et parut dans Le Moniteur du 16 janvier 1842 ; Gautier en avait corrigé les épreuves. La commission ne s’était décidée pour aucun projet. Gautier avait son projet personnel, qu’il exposa dans un article qui ne fut pas publié et que Sp. de Lonvenjoul lui attribue : il estime qu’il eût été préférable de le laisser à Sainte-Hélène, mais qu’à Paris, seul le Panthéon convient, et non les Invalides, pour accueillir son tombeau, dont il esquisse ce qu’il doit être (92).

Fin 1841. -Publication dans la Galerie des artistes dramatiques de Paris, de " Madame Carlotta Grisi " (dans Giselle). Il en dessine un portrait attendri. Bien plus tard, il évoquera nostalgiquement ces premiers moments d’amour (93).

Giselle rapporta à Gautier, comme auteur du livret, 982,28 francs en 1841 et pour l’ensemble des représentations jusqu'à sa mort, 3 733,26 francs. Les ballets étaient donc une source importante de revenus, aussi n’hésita-t-il pas à écrire d’autres livrets (94).

Trente-huit articles de critique et de variétés, et seize poèmes qui entreront dans Espana.

 

1 8 4 2

11 janvier. -Gautier assiste, costumé en Espagnol, au bal donné par Louis-Philippe au pavillon de Marsan.

17 janvier. -A la suite de sa participation à la commission chargée de l’examen des projets pour le tombeau de Napoléon et de la rédaction du rapport, il est nommé chevalier dans l’ordre royal de la Légion d’honneur. Les journaux reprochèrent au gouvernement que cette distinction lui eût été accordée à cette occasion, et non pour son oeuvre de poète et d’écrivain.

20 janvier. -Gautier accompagne E. de Girardin à la Comédie Française pour assister à la seconde lecture de Judith, tragédie en vers de Madame de Girardin, lue par l’acteur Beauvallet ; elle fut cette fois acceptée.

Février. -Gautier envoie à Perrot le canevas de son futur ballet, La Péri. Cet envoi peut se placer entre janvier et décembre, février paraissant plus probable (95).

6 mars. -Il est à Londres, où il accompagne Carlotta Grisi et Perrot.

12 mars. -Première représentation internationale de Giselle, qui eut lieu à Covent Garden. Il est enchanté de son séjour (96). Le succès du ballet est considérable, " énorme " dit Gautier ; la reine Victoria le vit deux fois ; et puis, il est très entouré par la famille Grisi (97).

13-14 mars. -Gautier quitte Londres pour la Belgique.

14-15 mars. -Il est à Gand chez la cantatrice Emma Carles, sa soeur et sa mère.

Vers le 20 mars. -Il rentre à Paris.

15 avril. -Publication dans la R.D.M. d’Une Journée à Londres, qui sera repris dans Caprices et zigzags en 1852. Il y dit entre autres que si les Anglais étaient capables de produire de l’argent, ils ne pouvaient produire " le génie, la beauté et le bonheur ".

Avril. -" Salon " de 1842, dans Le Cabinet de l’amateur et de l’antiquaire.

15 juillet. -Publication dans la R.D.M. du chapitre XII du Voyage en Espagne.

Août. -La mille et deuxième nuit, dans Le Musée des familles. Elle entrera dans les Romans et contes en 1863.

Eté-automne. -Idylle avec la soeur d’Emma Carles, Narcisse Odoïle, qu’il avait rencontrée